Le Commerce Equitable
| Par admin • mai 12th, 2008 • Catégorie: Dossiers |
Le commerce équitable concerne aujourd’hui, près de 2 Millions de travailleurs dans une soixantaine de pays différents. Le café et le chocolat sont bien sur, les 2 produits stars du commerce équitable, avec 70% des ventes en France. Mais la plus forte progression actuelle concerne désormais l’artisanat.
Zoom sur certains éléments clés du concept de commerce équitable et discussion
La notion de commerce équitable (fair trade en anglais ) trouve ses origines dans les années 1960. La filière équitable garantit au producteur des échanges commerciaux privilégiés.
Concept, éléments de définition
La démarche de commerce équitable a pour but de modifier en profondeur les pratiques commerciales et de consommation en proposant un modèle de production et d’organisation alternatif préservant les droits des producteurs et travailleurs marginalisés. Les tenants du commerce équitable font ainsi la promotion de la démocratie, de la transparence et du respect des droits de l’homme, autour d’objectifs définis par les producteurs, dont des prix de production déterminés non seulement par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux.
Les précurseurs : des ONG et des réseaux spécialisés
Le commerce équitable fut à l’origine initié par des militants solidaires des populations des pays de Sud. Ces derniers formulèrent le constat qu’il valait mieux donner aux populations les moyens de leur propre développement plutôt que de les maintenir dans une dépendance liée à l’octroi d’aides financières.
Les débuts du commerce équitable aux Etats-Unis
Les Américains furent les premiers, avec Ten Thousand Villages et SERRV à se lancer dans le commerce équitable dès la fin des années quarante. L’Europe fit ses premiers pas une dizaine d’années plus tard avec OXFAM qui commercialisa de l’artisanat fabriqué par des réfugiés chinois, et créa en 1964 la première organisation de commerce alternatif (ATO). En 1968, les revendications de certains participants des pays du Sud lors de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement à Genève et dont le slogan « Trade, not aid » marqua la mémoire collective, apportèrent une légitimé forte aux initiatives de commerce équitable qui se développèrent dans le Nord de l’Europe, notamment aux Pays-Bas.
Artisans du Monde, initiateur en France
Créé en 1974, Artisans du Monde est à l’origine du mouvement français de commerce équitable. Émergeant dès 1970-1971, il prend acte de naissance suite à l’appel de l’Abbé Pierre pour venir en aide au Bengladesh en proie à la famine et à la guerre civile, à travers la création de comités de jumelages (U.CO.JU.CO) et de « boutiques Tiers-monde ». En 1974, la première boutique Artisans du Monde ouvre ses portes à Paris, au 20 rue Rochechouart. Divers événements (le boycott d’oranges sud-africaines ou encore la dénonciation des la dictature chilienne) provoquent la scission entre les fondateurs historiques issus d’Emmaüs et U.CO.JU.CO, plus caritatifs et modérés, et les jeunes tenants d’une approche politique du tiers-mondisme. Le mouvement poursuit son développement. En 1979, on dénombre 17 associations locales Artisans du Monde.
La deuxième période historique d’Artisans du Monde (1977-1983) est marquée par une structuration du mouvement, avec la création de centres de documentation sur le tiers-monde, d’une fédération nationale et d’une charte fondatrice en 1981, ainsi que de la centrale d’importation Solidar’Monde (alors nommée Fam’Import) en 1984.
Dans les années quatre-vingt, la chute du cours des matières premières et l’empreinte grandissante de la grande distribution sur le marché français atténuant d’autant plus les relations entre producteurs et consommateurs entraînent une mobilisation croissante des consommateurs qui s’engagent dans le commerce équitable. Associations et magasins se multiplient.
Le développement d’Artisans du Monde s’est accéléré depuis les années quatre-vingt dix. Entre 1999 et 2004, le nombre de points de vente a été multiplié par 3,6 et le chiffre d’affaires par neuf En 2004, ce dernier est de 11% supérieur à celui de 2003.
La Plate-Forme pour le Commerce Équitable (PFCE)
La Plate-Forme pour le Commerce Équitable (PFCE) est un collectif national de concertation et de représentation d’acteurs de commerce équitable français. Elle rassemble plusieurs dizaines d’institutions. La PFCE réunit des organisations nationales de commerce équitable auxquelles s’associent des structures qui appuient cette démarche. Depuis 2002, des associations de tourisme équitable en sont aussi membres.
Des engagements impératifs et des critères de progrès sont adoptés par les membres de cette Plate-forme créée en 1997, et qui fait office de référence sérieuse.
Les engagements impératifs
1 - Dans une approche solidaire du commerce équitable, travailler d’abord avec les producteurs parmi les plus défavorisés.
2 - Refuser systématiquement une quelconque forme d’esclavage ou de travail forcé.
3 - Contractualiser entre les différents partenaires des garanties portant sur le prix et la qualité des produits.
4 - Le prix du produit permet une juste rémunération des acteurs économiques. Celle-ci prend en compte leurs besoins et ceux de leurs familles, notamment en termes de formation, de santé, de protection sociale
5 - Le versement d’un acompte, lorsque les organisations de producteurs n’ont pas le fonds de roulement nécessaire pour acheter la matière première, ou pour vivre tout simplement entre la commande et le règlement final
6 - Privilégier des relations commerciales durables avec les producteurs. Pour eux, c’est la durée qui assure l’avenir.
7 - Assurer la transparence dans le fonctionnement des différents partenaires, qui passe par une information réciproque à chaque étape sur les conditions de travail, les salaires, la durée des relations, les processus de production et de distribution, les prix, les marges…
8 - Accepter le contrôle sur le respect de ces principes, à chaque étape du processus.
Les critères de progrès
1 - Une organisation participative respectueuse de la liberté d’expression et de l’avis de chacun. Cela peut se traduire dans un groupe par une prise de décision démocratique, ou dans une entreprise, par la négociation entre patronat et syndicats…
2 - Le respect de chacun, sans discrimination aucune.
3 - L’élimination du travail des enfants en utilisant les moyens les plus adaptés dans l’intérêt de l’enfant. Le travail des enfants ne peut être toléré que dans une période transitoire, en vue d’une scolarisation ou d’une formation.
4 - La valorisation des potentiels locaux des producteurs : utilisation d’une matière première ou d’un savoir-faire local.
5 - Une production et une distribution favorisant une utilisation raisonnée des matières premières et des sources d’énergie, ainsi que leur renouvellement.
6 - Le circuit le plus court et le plus simple possible entre producteurs et consommateurs.
7 - L’encouragement des producteurs à l’autonomie, en privilégiant la diversification des débouchés, notamment sur le marché local. L’activité économique doit être rentable en elle-même, et donc parfaitement distincte d’autres formes de financements.
8 - Un engagement des acteurs envers leur environnement socio-économique. Par exemple, les bénéfices réalisés sont réinvestis dans l’entreprise et/ou dans des programmes de développement à caractère collectif, économique, écologique ou social, y compris la formation.
9 - Une information qui permette au consommateur d’effectuer un achat fondé et responsable.
Regards critiques
Mais selon certaines personnes, le “commerce équitable” contribuerait à masquer un problème plus profond : la réduction de la part de l’agriculture vivrière au profit des cultures d’exportation, ce qui rend dépendant des achats du Nord des populations qui pourraient développer leur souveraineté alimentaire indépendamment des habitudes de consommation des pays dits « riches ». De là l’importance de consommer des produits locaux.
Pour sa part un auteur comme Christian Jacquiau dans son livre “Les coulisses du commerce équitable“, doute de la bonne foi de certains labels du “commerce équitable” en arguant de la réalité des prix, bien en-deçà de l’équivalence escomptée, laissant supposer que ces nouveaux intermédiaires prélèvent autant que les autres qu’ils décrient et qu’ils cherchent à concurrencer. Il déclare également que le « commerce équitable n’est qu’un argument de vente comme un autre » et qu’il constitue une « niche » commerciale supplémentaire qui permet de différencier un produit d’un autre aux yeux du consommateur final.
Un exemple pratique : Emission France Inter, Et pourtant elle tourne
Commerce Equitable, où en est-on 20 ans après le premier contrat Max Havelaar
Il y a 20 ans, presque jour pour jour, pour la toute 1ère fois, on voyait collé sur un paquet de café un petit logo “zen”, vert et bleu sur fond noir. Et bien 20 ans plus tard Max Havelaar colle son logo sur 75% de la consommation européenne dite “équitable”. Et il n’y a pas que Max Havelaar, IFAT, NEWS, EFTA, FTO sont autant d’associations internationales qui chacune labellise tous ces produits que nous trouvons maintenant aussi bien dans les magasins spécialisés que dans les grandes surfaces. Et quelque soit le logo, le but reste le même: “garantir” le respect des droits humains de ceux qui produisent, en leur assurant un revenu “suffisant”. (Source : extrait de la présentation de l’émission sur le site de France Inter)
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